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Il y a des pays encore où l’on est fou d’amour pour la même illusion. La liberté promise, la solidarité perdue. La paix d’une famille avant la fin du monde. A l’ombre de ma lampe, moi qui ne change rien, j’aimerais ces soleils. Des pays sont lumière orangée, où vibre une menace au tremblant de la trêve, avant la fin du jour.

Il y a des patries encore en moi où tout n’est pas perdu. Tout un monde à mes pieds : un instant aussi vague et certain qu’une scène entrevue par manque d’amour : la victoire en pleurant. Le sommet des sommets. Mais tout le temps que je marche, je m’enchante aux chemins suspendus. Je me prends aux alliances imprévues sans bataille et sans foi. A la douceur encore, avant la fin des temps.

Et tout se contredit dans le grenier sans reine, dans mon royaume encombré de prémisses. Tout n’est pas perdu mais tout se perd en vivant, et c’est comme un fracas sous la lampe : dans le pays que je suis, il n’y a de prévu que le début de la guerre entre douceur et victoire, tous les jours remise à demain.