La poésie

Excellents graffitis, coquelicots, simples déchets qui poussent aux pieds de l’express régional. Chaque jour est une attente. Tu sais que tu es de Chatou quand tu crois que les couleurs de la vie copulent à Saint-Denis à l’initiative des marchands de cocaïne ou de doner-kebabs. Tu as le choix. Avant le tunnel, tu peux t’imaginer en train de t’envoler par-dessus les rails, les pâquerettes, les fleurs de pissenlit et les champs de silènes pour la raison que, enfant doué, adolescent invisible, tu étais né poète. Une femme au maquillage naturel et coûteux, fitness, éthique et biologique, se plaint de l’embarras du choix dans une langue nacrée et positive, impitoyablement courtoise. La vitesse est comme un coup de brosse à ciel ouvert jusqu’à la bouche astronomique du tunnel, en arrière de la gare de Nanterre-Université. Que faire contre le mal ? Je voudrais que tu accèdes à du réel en toi. Nous approchons du mieux que nous pouvons de l’irréprochable, mais si les pauvres sont à plaindre, nous sommes à plaindre aussi : nous n’avons pas le temps. Nous n’avons pas le temps, nous lisons les journaux difficiles et l’herbe est si verte que le noir nous emporte jusqu’à ce que le bruit strident des engrenages, l’égorgement des freins dans les odeurs de pneu brûlé nous invitent à patienter. Tu peux donner ta vie pour quelque chose mais demain tes cheveux seront sales et toi, c’est la Défense, c’est la station terne et rouge d’Auber, tu prévois des plaisirs combinés pour ce soir. Le Nord-Ouest des Yvelines est connu pour sa provision d’universitaires au cursus long, son dépôt d’étudiants des écoles de commerce. De là montent les cadres, les dirigeants, leurs camarades épouses. Tu peux donner ta vie pour quelque chose. Le Nord-Ouest des Yvelines se destine aux écoles supérieures, ton âme est immortelle.

 Eva Lee