L’Abandon

Le sentiment qu’on a parfois aussi
Plaisant qu’un parfum de bière jetée
Ou bien d’urine au cœur de Saint-Denis
Le sentiment de n’avoir où aller
Ni les signalisations de chantier
Ni les programmes aussi laids qu’ambitieux
Ni les différents plans pour les banlieues
Rien ne le nettoie, rien ne l’atténue
Ce sentiment hante le fond de nos yeux
Notre regard sur nous ne changera plus

Et trouvant les bons côtés de la vie
Les indésirables se font admirer
De ceux qui les délaissaient jusqu’ici
Nos langages et nos manières affirmées
Les bonnes choses arrachées, méritées
Nos travaux nos balades en amoureux
Nos chaussures nettes sur les trottoirs boueux
Font croire que la souffrance est révolue
Mais à moins d’un changement très mélodieux
Notre regard sur nous ne changera plus

Et nous voilà glissant sur des journaux gratuits
Tendus vers le métro, perdus, froissés
Nous détestant sur un mode interdit
Avec la négligence des négligés
D’où vient la peur d’être haï en secret,
D’être de trop, la peur d’être ennuyeux ?
Malgré les certificats élogieux
A moins d’une découverte inattendue
Face à nous-mêmes nous resterons honteux
Notre regard sur nous ne changera plus

Vous rassurant par nos sourires hideux
Nous épuisant faisant de votre mieux
Nous courons indécis dans la cohue
Comptant sur quelque chose comme un aveu
Pour nous aimer de manière absolue

Eva Lee

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