L’Abandon

Le sentiment qu’on a parfois aussi
Plaisant qu’un parfum de bière jetée
Ou bien d’urine au cœur de Saint-Denis
Le sentiment de n’avoir où aller
Ni les signalisations de chantier
Ni les programmes aussi laids qu’ambitieux
Ni les différents plans pour les banlieues
Rien ne le nettoie, rien ne l’atténue
Ce sentiment hante le fond de nos yeux
Notre regard sur nous ne changera plus

Et trouvant les bons côtés de la vie
Les indésirables se font admirer
De ceux qui les délaissaient jusqu’ici
Nos langages et nos manières affirmées
Les bonnes choses arrachées, méritées
Nos travaux nos balades en amoureux
Nos chaussures nettes sur les trottoirs boueux
Font croire que la souffrance est révolue
Mais à moins d’un changement très mélodieux
Notre regard sur nous ne changera plus

Et nous voilà glissant sur des journaux gratuits
Tendus vers le métro, perdus, froissés
Nous détestant sur un mode interdit
Avec la négligence des négligés
D’où vient la peur d’être haï en secret,
D’être de trop, la peur d’être ennuyeux ?
Malgré les certificats élogieux
A moins d’une découverte inattendue
Face à nous-mêmes nous resterons honteux
Notre regard sur nous ne changera plus

Vous rassurant par nos sourires hideux
Nous épuisant faisant de votre mieux
Nous courons indécis dans la cohue
Comptant sur quelque chose comme un aveu
Pour nous aimer de manière absolue

Eva Lee

Retour au sommaire

Caritas

La paix qui tombe à la dernière minute
Le thé sans sucre et ce qu’il est donné
De faire ou de continuer sans but
Aux orphelins aux tristes aux prisonniers
Et le récit d’un jour vraiment parfait
La beauté de certaines publicités
L’idée qui se change en lumière sensible
Que tout ne saurait être impardonné
Et notre nostalgie de l’impossible.

Nous pensions que trop d’amour ampute
Et faisions des envieux par volupté
La gourmandise régnait sur nous abrupte
Ne pas déplaire avoir pour conseillers
Nos besoins de revanche impensés
Surprendre autrui étant le combustible
Nous ne laissions qu’un voyant allumé
Et notre nostalgie de l’impossible.

Parfois des existences radieuses débutent
Après les temps morts ou les jours fériés
Elles récoltent l’or des moments hirsutes
Assises par terre comme si de rien n’était
Divulguant leur nom aux inutiles et
Partageant leur riz pour la dignité
D’être ignorants des milieux compatibles
Partageant toute envie de vérité
Et notre nostalgie de l’impossible.

Ton cœur ressemble à un chantier secret
Où germe en douceur la force invisible
Qui ouvre à temps les portes condamnées
Humble aimante inventive et disponible.

Eva Lee