Rue Henri Barbusse

Mais tu seras la première étonnée
Hors de la Poste tu trébuches en pleurant
Tu plieras ta lettre de licenciement
Un pied sur la barrière Croix Saint-André

T’engueulent des klaxons sur la chaussée
T’esquivent des panneaux des mots très grands
Tu voudras revoir ton appartement
À faire le compte des paiements rejetés

Tu t’étonneras toi-même de la douceur
D’abandonner la jonction de tes peurs
Au long des espaces verts en corridor

Et des Alimentations Générales
Tu marcheras sur la départementale
Pour t’escorter toi-même jusqu’à bon port

Eva Lee

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L’Abandon

Le sentiment qu’on a parfois aussi
Plaisant qu’un parfum de bière jetée
Ou bien d’urine au cœur de Saint-Denis
Le sentiment de n’avoir où aller
Ni les signalisations de chantier
Ni les programmes aussi laids qu’ambitieux
Ni les différents plans pour les banlieues
Rien ne le nettoie, rien ne l’atténue
Ce sentiment hante le fond de nos yeux
Notre regard sur nous ne changera plus

Et trouvant les bons côtés de la vie
Les indésirables se font admirer
De ceux qui les délaissaient jusqu’ici
Nos langages et nos manières affirmées
Les bonnes choses arrachées, méritées
Nos travaux nos balades en amoureux
Nos chaussures nettes sur les trottoirs boueux
Font croire que la souffrance est révolue
Mais à moins d’un changement très mélodieux
Notre regard sur nous ne changera plus

Et nous voilà glissant sur des journaux gratuits
Tendus vers le métro, perdus, froissés
Nous détestant sur un mode interdit
Avec la négligence des négligés
D’où vient la peur d’être haï en secret,
D’être de trop, la peur d’être ennuyeux ?
Malgré les certificats élogieux
A moins d’une découverte inattendue
Face à nous-mêmes nous resterons honteux
Notre regard sur nous ne changera plus

Vous rassurant par nos sourires hideux
Nous épuisant faisant de votre mieux
Nous courons indécis dans la cohue
Comptant sur quelque chose comme un aveu
Pour nous aimer de manière absolue

Eva Lee

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Rue Génin

Une école un square plusieurs bars en quinconce
Des noms de rue obscurs et de maigres fumeurs
De drogue mais dans nos murs le monde a la saveur
Des privilèges reçus par ceux qui y renoncent

Il tient à faire pousser la confiance et les ronces
Qui ornent nos disputes de patience de douceur
Il en fait des bouquets ses leçons de bonheur
Il les pose sur mon lit comme un bain de réponses

Et je voudrais prolonger partout ce séjour
Comme on soutient la joie jusqu’au premier sanglot
En frôlant des essaims de long plaisir errant

Le matin je vois mourir des vies sans amour
Le soir j’écris en paix pour fixer son halo
Pour que des mots soient dignes des êtres de son rang

Eva Lee