Le Saut

J’ai dit à l’instant reste donc
Tu me plais tant et l’instant
M’a souri d’un air inquiétant
Je ne pars pas me dit-il considérons

Que de me négliger tu avais tes raisons
Je suis le présent que ton désir attend
Je pardonne et je reste et si en m’habitant
Tu renonces à tes masques et choisis l’abandon

Il n’y aura pas pour autant dans ce poème
De substitut au plongeon que toi-même
Toi seul peux faire et même si des mots t’assaillent

Je promets qu’un saut hors de toi, inattendu
T’éblouira autant que le secret Mont Mabu
Ou que l’extraordinaire massif du Makay

Eva Lee

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Ingmar Bergman

Brusquement, des bouffées d’autre chose.
Pas du bonheur limite ecstasy,
Quand notre entrée dans la bourgeoisie
Fut pour grand-mère une apothéose

Pas l’alcool des succès à haute dose
Qui jeta frère dans la jalousie
Pas le tofranil des rêves prescrits
Par père, peu compris de mère, qu’on ose

Sniffer comme un pantin triomphant
Non : le royaume restauré de l’enfant
Intérieur qui aurait voulu n’être

Abusé, délaissé par personne
Mis au pas, contrôlé par personne :
Brusquement la joie, la vraie joie d’être

Eva Lee

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Rue Henri Barbusse

Mais tu seras la première étonnée
Hors de la Poste tu trébuches en pleurant
Tu plieras ta lettre de licenciement
Un pied sur la barrière Croix Saint-André

T’engueulent des klaxons sur la chaussée
T’esquivent des panneaux des mots très grands
Tu voudras revoir ton appartement
À faire le compte des paiements rejetés

Tu t’étonneras toi-même de la douceur
D’abandonner la jonction de tes peurs
Au long des espaces verts en corridor

Et des Alimentations Générales
Tu marcheras sur la départementale
Pour t’escorter toi-même jusqu’à bon port

Eva Lee

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L’Age d’or

L’impossibilité de nager dans le beau
Comme il est sept heures trente à nos radioréveils
Les plots de béton gris du capital sommeil
Et des plannings nous en aurons besoin bientôt

Les engagements qui sont des sauts dans le rien
A sans fin louper livres articles expositions
Les silences humiliés sur les sujets de fond
Les montées de dégoût nous en aurons besoin

Nous aurons besoin d’avoir pris escalators
Ascenseurs couloirs et nectars industriels
D’avoir coupé nos rêves à l’eau de nos salaires

Pour la splendeur textuelle des agonies tertiaires
Nous n’aurons qu’à choisir dans notre coffre-fort
Parmi des oxymores faussement tombés du ciel

Eva Lee

Rue Génin

Une école un square plusieurs bars en quinconce
Des noms de rue obscurs et de maigres fumeurs
De drogue mais dans nos murs le monde a la saveur
Des privilèges reçus par ceux qui y renoncent

Il tient à faire pousser la confiance et les ronces
Qui ornent nos disputes de patience de douceur
Il en fait des bouquets ses leçons de bonheur
Il les pose sur mon lit comme un bain de réponses

Et je voudrais prolonger partout ce séjour
Comme on soutient la joie jusqu’au premier sanglot
En frôlant des essaims de long plaisir errant

Le matin je vois mourir des vies sans amour
Le soir j’écris en paix pour fixer son halo
Pour que des mots soient dignes des êtres de son rang

Eva Lee